Partager l'article ! A kind of Lettre persanne: De Sophek à Thomek 4ème lune de l’an 3408 après le Grand chamboulement, & ...
De Sophek à Thomek
4ème lune de l’an 3408 après le Grand chamboulement,
Bien cher Thomek,
Voici en peu de mots comment se déroule une journée dans une école de ce pays. Les peuplades de ces régions ont des mœurs bien étranges qui ne manquent d’étonner l’étranger que je suis. La journée de l’enseignant ellissois ne commence qu’à partir du moment où celui-ci a signé le cahier de présence. Tant que tu ne l’as pas signé, tu n’es pas présent… et si tu franchis la limite fatidique de 8h45, tu risques la convocation au bureau de la principale qui ne manquera pas de trouver les mots adaptés à ce grave préjudice porté à l’image de l’école. Pour ma part, voulant éviter le plus possible de faire remarquer mon étrangéité, je signe tous les matins vers 7h45… Je crois d’ailleurs que les professeurs autochtones attribuent cette ponctualité à un défaut de compréhension linguistique de ma part. Mais bon, comme on nous apprend dès notre plus jeune âge : " Devance le temps et la fleur de Lotus fleurira sous tes pas ".
Aux alentours de 8h30, un étrange ballet commence. Des voitures pénètrent en file dans l’arrière de la cour de l’école. Des professeurs armés de panneau " STOP ", de sifflets suraigus et de méga-phones ultra-puissants régulent le trafic. " ALL THE WAY !! ALL THE WAY !! " hurle la principale, pour que les voitures avancent jusqu’à la sortie afin de déposer leur précieux fardeau et ne s’immobilisent pas en plein milieu (qui correspond à l’entrée de la classe de leur petit propriétaire).
A 8h55, tout le monde est en place, prêt à travailler. Soudain, une voix stridente se fait entendre: " WILL YOU PEASE STAND UP FOR THE PLEDGE OF ALLEGIANCE ". La principale s’adresse à tous par l’intermédiaire d’un mélodieux haut-parleur particulièrement facinant par sa capacité à transmettre les sons aigus. Dans les classes, c’est comme si un seul homme se dressait : corps tendu, main sur la poitrine, regard tourné vers le drapeau. Nous sommes invités à rester debout pour l’hymne national " WILL YOU PLEASE REMAIN STAND UP FOR THE NATIONAL HYMN " auquel succède celui de l’école. Après cette ouverture toute en légèreté et en allégresse, la journée de travail peut réellement commencer.
Les enfants enchaînent les enseignements sans pause. La cour est désespérément vide… Enfin, sauf le préau sous lequel se succèdent les heures d’instruction de PE (physical education). Putôt que d’éducation physique, l’expression de préparation aux services commando de l’US army conviendrait mieux. Les enfants sont par groupes de 60-80 pour 2 enseignants. Ils sont positionnés en début d’heure sur un axe horizontalo-vertical (les lignes et les colonnes sont marquées au sol) et l’objectif principal de l’instruction semble être le respect de ce positionnement : Sir ! Yes sir !
Le temps accordé aux enseignants et aux élèves pour la restauration est de 30 minutes (temps de déplacement inclus). Pour nous à qui on a répété : " Malaxe ta feuille de laitue aussi longtemps que la chenille met à se hisser au sommet de la tige ", tu comprendras qu’en une semaine j’ai malheureusement perdu quelques grammes gracieux qui faisait mon charme dans notre contrée natale.
La suite de la journée se poursuit au même rythme implacable. Une voix retentit à nouveau : on nous donne des instructions pour la sortie et pour le lendemain, éventuellement on nous semonce pour telle ou telle attitude et il peut même arrivé que nous soyons félicité ! La cour est toujours désespérément vide d’enfants… Enfin ça y est des êtres l’envahissent… Ce sont de nouveau les ballerines du matin qui reprennent la danse là où elles l’avaient arrêtée. A la différence que les enfants attendent : assis en rang d’ognons sous le soleil élissois… parfois pendant une demi-heure. Les peuples d’ici doivent probablement penser que l’attente en plein soleil a des vertus regénérantes sur l’organisme, affaibli après une journée d’étude non stop de 9h à 15h30.
Ça y est, je regagne mes pénates clevelandaises… Je traîne la jambe, j’ai le souffle court. Je m’accorde quelques minutes de répit. Bip ! Bip ! Bip ! Bip ! Trop tard, il faut que j’y retourne… Une soirée de travail m’attend : il me faut préparer mes 2 classes. Un privilège auquel ont seulement droit les enseignants de notre pays…
Mille pensées parfumées par l’aurore,
Sophek
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||